Un
train d’enfer
Les ingénieurs ne rencontrèrent pas de grosses difficultés
entre Haiphong à Lao Cai et cette première tranche de travaux
fut conduite entre 1903 et 1906. Mais, au-delà du confluent
de la Nam Ti et du Song Hong, ils furent face à une déclivité
infranchissable (1600 m sur 90 km) qui les contraignit à abandonner
la vallée du fleuve Rouge pour celle de la Nam Ti, et à multiplier
les ouvrages d’art (107 viaducs et 155 tunnels). Une nouvelle
base fut établie au consulat français de Mengzi, en Chine.
Le ravitaillement des employés et les pièces nécessaires à
la construction durent, dans un premier temps, être acheminés
par les voies traditionnelles: 30 jours à bord de jonques
sur le fleuve Rouge, puis transbordement à dos d’homme ou
de cheval pour atteindre Mengzi par la «route des Dix Mille
Escaliers» . Sur les 60000 hommes et femmes qui participent
à la construction, 12000 y laissèrent la vie |
Un
rail français à l’assaut du plateau chinois
Après avoir implanté leurs garnisons en divers points des
hautes terres tonkinoises, les Français d’Indochine inaugurèrent
en 1910 une voie ferrée reliant le port de Haiphong à Kunming,
en Chine. Ce fut l’entreprise la plus folle jamais tentée
dans leur colonie asiatique. L’investissement fut tel qu’il
ne fut jamais amorti, et les travaux coûtèrent la vie à 12000
des 60000 personnes qui travaillèrent à l’aménagement de la
voie. Le mirage d’un riche sous-sol minier au Yunnan avait
motivé Paul Doumer, gouverneur général de l’lndochine, à créer
une Compagnie française des chemins de fer de l’Indochine
et du Yunnan (CIY) le 10 août 1901. Mais le minerai s’avéra
si médiocre ou si rare que seul le trafic de l’opium rentabilisa
quelque peu l’opération, et ce, malgré la Société des Nations
qui en interdit la culture en 1920. A partir des années 1930,
la concurrence du Transindochinois qui desservait la station
climatique de Dalat poussa la CIY à jouer la carte du tourisme
en lançant un train-couchettes entre Hanoi et Kunming (il
fallait alors compter 21 h 30 de trajet...soit à peine moins
qu’aujourd’hui) et en construisant là-haut un hôtel de standing
international. Malgré les dépliants vantant le Yunnan comme
l’« un des pays les plus pittoresques du globe », rares furent
les touristes européens à s’y rendre. L’essentiel des billets
étaient des billets de 3è et 4è classe vendus à la population
locale pour de courts trajets. Un quasi-monopole du ravitaillement
de la Chine libre, basée à Chongqing durant l’occupation nippone,
fit monter les bénéfices de Ia CIY en flèche. Mais, en 1940,
les Chinois choisirent de se protéger des Japonais par l’isolement
et firent sauter le Pont frontalier de Lao Cai. Restauré en
1955-1957, celui-ci fut aboté en 1979 lors de la guerre sino-vietnamienne.
Enfin remis en service, il permet de nouveau de franchir la
frontière entre les deux pays
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