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LES RELIGIONS

Le Confucianisme et le Taoïsme
L'administration chinoise, en devenant directe au IIème siècle, augmente de rigueur. L'apparition d'une classe de hauts fonctionnaires vietnamiens, qui marque les progrès de la sinisation, coïncide avec la décadence des Han. Une grave crise agraire provoque, à la fin du IIème siècle, la grande révolte des Turbans Jaunes. Seules les provinces méridionales conservent la paix grâce à l'autorité du thai thu du Giao-chi, Shi Xie. Durant quarante années d'une administration remarquable (187- 226), Shi Xie développe l'enseignement et répand les techniques chinoises; de nombreux lettrés, chassés par la guerre civile, viennent se réfugier auprès de lui et contribuent à diffuser les doctrines du confucianisme et du taoïsme. C'est donc à partir du IIIème siècle surtout que sont diffusés les deux grands courants de la pensée chinoise: le confucianisme et le taoïsme. L'enseignement de Confucius (551- 479 avant J.C.), qui ne prétend pas innover,mais se réclame de l'héritage spirituel de l'Antiquité, est contenu essentiellement dans les Si shu (les Quatre Livres) que doivent apprendre toutes les générations de lettrés. Cette philosophie ne se préoccupe pas du surnaturel : "Ce qu'on sait, savoir qu'on le sait ; ce qu'on ne sait pas, savoir qu'on ne le sait pas, cela, c'est savoir". Elle se présente avant tout comme une morale civique et sociale, une doctrine de gouvernement et d'action. Du Fils du Ciel à l'homme le plus humble, chacun soit "se cultiver"; c'est-à-dire développer en soi les vertus d'humanité, ren, et d'équité, yi, et aider ses semblables à y parvenir. Ce travail de perfectionnement personnel repose sur la connaissance de la nature des choses et de soi-même. La réussite d'un prince atteste qu'il a reçu le "mandat céleste"; par sa Vertu, il fait régner l'accord entre l'homme et l'univers, l'harmonie entre la Terre et le Ciel. En fait, les rites tendent à ce que chacun reste à sa place: il faut que le prince agisse en prince, que le père agisse en père, que le fils agisse en fils, ce qui institue le conformisme, l'obéissance et la soumission aux supérieurs et aux vieillards. C'est pourquoi, lorsque le prince faillit à sa mission, le Ciel lui retire son mandat (ming) et le peuple assume le droit à la révolte. On voit ainsi l'ambiguïté du confucianisme. D'autre part, en prêchant le respect des traditions, de la hiérarchie, de la famille, il a stabilisé et consolidé l'ordre "féodal"; d'autre part, il renferme des germes de changement, puisqu'il légitime le droit à la révolte contre le mauvais prince. Al'opposé du confucianisme, le taoïsme exprime l'attitude mystique et anarchiste à la recherche de la félicité individuelle. L'école aurait été fondée par Lao-Tseu (Vème siècle avant J.C.), autour du célèbre Taô-Te-King, "Livre de la Voie et la Vertu", aux stances incantatoires, avec lequel la littérature chinoise atteint les sommets du lyrisme métaphysique. Le Tao, c'est la substance cosmique primordiale, l'un d'où sont sortis les deux principes passif et actif, femelle et mâle, le yin et yang. Leur alternance perpétuelle régit le monde et tous les êtres qui se transforment et retournent au Tao. Ainsi s'accomplit la circonvolution universelle. Or le Tao reste immobile et pourtant il n'est rien qui ne soit fait par lui. De même la pratique de l'ascèse, la méditation au sein de la nature, le non- agir en un mot, wuwei, auquel vient s'ajouter toute une gymnastique respiratoire, diététique ou sexuelle, conduit le sage à une extase où il se libère du présent et du passé et s'unit au Cosmos. L'essence de la doctrine est donc la non-intervention de l'homme. L'étude n'est pas nécessaire, car le seul mode de connaissance est l'intuition, la communion avec le monde. Cette haute pensée dégénère au début de l'ère chrétienne, et se tourne vers une interprétation physique du Tao. L'immortalité devient la quête suprême et le Ciel un panthéon sur lequel règne Ngoc Hoàng, l'empereur de Jade. Par ces aspects, le taoïsme se rapproche des nombreux cultes populaires vietnamiens avec lesquels il se mélange, notamment le culte des Chu Vi ou Esprits des Trois Mondes (Ciel, Terre et Eaux). C'est pourquoi, alors que le confucianisme reste confiné au début à une minorité d'administrateurs et de lettrés, le taoïsme se diffuse plus vite.

Le Bouddhisme
Le bouddhisme est né dans l'Inde au VIe- Ve siècles avant J.c. Descendant de la famille régnante, Cakyamouni rencontre la souffrance, la misère et la mort, et quitte sa famille pour embrasser la vie d'ermite. Après sept ans de voyages et de recherches, il reconnaît l'inutilité de l'ascèse et, sous l'arbre de la bodhi, à Gayâ, atteint à l'illumination. Il est devenu le Bouddha, il a compris la loi de la douleur universelle. Cette douleur, inhérente à la vie, est multipliée encore par la transmigration des âmes. Il faut parvenir à l'extinction du désir, véritable moteur du monde, car "celui qui anéantit cette misérable soif de vivre verra les douleurs tomber de lui comme les gouttes d'eau tombent de la fleur de lotus". A cet état de Nirvâna, mène la Voie aux huit embranchements, qui correspondent à la rectitude de la pensée, de la parole et de l'action, et à la pratique des six vertus cardinales: le don désintéressé, la moralité parfaite, la patience, l'énergie, la concentration dans la méditation et la sagesse. Cette morale de renoncement et de fraternité universelle se heurte immédiatement à l'hindouisme officiel, dont les brahmanes sont les prêtres jaloux de leurs privilèges et de leur autorité. Le bouddhisme primitif se scinde en deux grands courants, le Hînayâna ou Petit Véhicule et le Mahâyâna ou Grand Véhicule. Si tous deux enseignent la doctrine du Bouddha, le premier plus positiviste et agnostique recherche le salut individuel, tandis que le second aspire à délivrer tous les êtres afin qu'ils deviennent des Bouddhas dans ce monde et dans d'autres, "aussi nombreux que les sables du Gange". Chassé de l'Inde, le bouddhisme gagne les pays voisins. Au Giao-chi, le bouddhisme pénètre par le sud au 1er ou au 2ème siècle de l'ère chrétienne. Au 3ème siècle apparaissent les premiers missionnaires. Le Sogdien Kang-senghui (Khang-tanghOi), dont le père est fixé comme négociant au Giao-chi, embrasse le bouddhisme. Il part convertir le roi de Wu Sun Quan (Tôn Quyên), et arrive à Nankin en 247. A la même époque, l'Indoscythe Kalyânarûci (Chi-cuong-luong) fait au Giao-chi, en 255- 256, la traduction d'un texte bouddhique, le Fa hua sanmeijing. Un peu plus tard, l'Indien Mârajîvaka (Ma-la-ki-vuc) aborde au Fu Nan, puis longeant la côte, débarque au Giao-Chi vers 294. Partout où il passe, il accomplit des miracles et suscite l'enthousiasme. Dès sa prédication, le bouddhisme fait de rapides progrès. Une telle doctrine de charité, de douceur et de renoncement ne peut qu'exercer une séduction profonde sur les âmes frustes du peuple Viet, opprimé par ses maîtres étrangers et locaux, dominé par une nature hostile, et qui ne trouve aucune consolation dans la sécheresse confucéenne, morale des classes dirigeantes. Les pèlerins chinois et indiens s'arrêtent fréquemment dans le pays des Viets où ils trouvent des moines qui leur servent d'interprètes et qui collaborent avec eux dans la traduction des textes sacrés. C'est ainsi que plusieurs des premières traductions de livres bouddhiques sont faites dans le pays. Sous les Tang, le système confucéen des examens littéraires se combine avec la recommandation, qui équivaut souvent à l'hérédité, comme principal moyen de recruter les fonctionnaires. En fait, la partie la plus importante de l'élite vietnamienne n'est pas confucéenne, mais bouddhiste. Et ce sont les bonzes qui, au moment où le pays devient indépendant, assistent les princes pour la conduite des affaires publiques. Jusqu'en 580, le bouddhisme vietnamien subit l'influence du bouddhisme indien. Après cette date, celle du bouddhisme chinois l'emporte. La plupart des sectes qui se créent à cette époque se rattachent avec plus ou moins d'orthodoxie, à l'école du dhyana introduite par Bodhidharma. Sa doctrine rejette la recherche de la vérité dans les textes pour y substituer la méditation intérieure, la "contemplation murale": "l'homme reconnaît dans son propre cœur le vrai cœur du Bouddha", le principe de toute bouddhéité, l'essence unique du samsâra et du nirvâna. Par la complète absorption de la pensée, l'adepte du thiên jouit d'une absolue tranquillité d'esprit. Il y parvient par une succession d'états d'âme: l'attention (il concentre l'esprit sur une pensée), la joie (il s'élève à une intuition directrice), le bonheur (il obtient un calme parfait), l'indifférence enfin. C'est un acheminement progressif vers la béatitude absolue. La première secte est fondée en 580 par un Indien du sud, Vînitaruci, qui se fixe au temple Phap-vân (Hàdông). Le deuxième patriarche, le bonze viet Phap-hiên réunit plus de trois cents disciples dans la région de Tu-son (Bac-ninh). Il parcourt le pays en prêchant et construit des temples partout dans les préfectures de Phong, Truong, Hoan et Ai. A cette époque, d'illustres pèlerins s'arrêtent en Annam et donnent un nouvel élan aux études bouddhiques.

L'apogée du bouddhisme
La dynastie des Ly entoure le bouddhisme d'une faveur constante. Son avènement est favorisé par l'Eglise bouddhique: les Ly lui accordent en retour les plus hauts privilèges. Les temples possèdent de vastes domaines, constitués par les dons des princes et des particuliers; ils les font mettre en valeur par des milliers de serfs ou de tenanciers. Les bonzes, de plus, sont dispensés des impôts et du service militaire. A l'occasion de l'achèvement ou de la restauration d'un sanctuaire, la cour organise de grandes fêtes et accorde une exonération générale d'impôts à la population.En 1034, la cour des Song offre à la cour des Ly les principaux textes du Canon. En 1068 apparaît une nouvelle secte thiên, connue sous le nom de son fondateur, Thao-duong. Ce bonze chinois réside au Champa. La secte se développe rapidement à la cour, puis dans ce peuple, et prend un caractère plus profondément vietnamien que les premières. Elle dure jusqu'en 1205. La pure doctrine commence cependant à se corrompre dans un Moyen- Age hanté par la préoccupation du surnaturel. Les annales dépeignent avec complaisance les augures favorables à une entreprise royale, tels que l'apparition de dragons d'or ou de nuages de cinq couleurs. Dans une telle ambiance, le bouddhisme populaire ne peut manquer de s'altérer. L'influence taoïste le pénètre de plus en plus.

La renaissance bouddhique
Pendant tout le XVe siècle, le bouddhisme est persécuté avec plus ou moins de violence par un confucianisme militant devenu la doctrine officielle de l'Etat. Ce dernier commence de décliner à partir de la fin du XVIIe siècle. A part quelques esprits éminents, la masse des lettrés se perd dans de fastidieuses spéculations philosophiques ou la routine des exercices de rhétorique. On assiste à une renaissance du bouddhisme sous l'effet d'apports nouveaux venus de Chine, et d'une nouvelle vague de la faveur des princes. Dans le nord, les Trinh font construire et réparer de nombreux temples et fréquentent les pèlerinages les plus illustres. A la fin du XVIe siècle, la secte Tao-dông, branche de l'école de Bodhidharma, est introduite par un bonze chinois. Les temples Hoa-giai, Ham-long et Trân-quôc à Hanoi en relèvent. Un siècle plus tard, un prince Trinh fonde la secte Liên-tôn, dont le siège se trouve à la pagode Liên-phai (Hanoi). Dans le sud, les Nguyen ne témoignent pas d'une moindre bienveillance à l'égard de la religion. Dès 1601, Nguyen Hoang fait élever, à l'ouest du Hué, le célèbre temple de Thiên-mu, "La Dame céleste". Il voit en rêve, assise sur une éminence, au bord de la rivière des Parfums, une vieille dame vêtue d'une tunique rouge qui lui prédit l'établissement d'une dynastie florissante en ce lieu parcouru d'influences surnaturelles. La plupart de ses successeurs sont de fervents bouddhistes. Ta Nguyên-thiêu, fondateur de la secte Lâm-tê, se rend en 1665 à Binh-dinh où il élève le temple d' Amitâbha, construit le monastère Quôc-ân, "La Faveur du Royaume". Une branche de la secte Lâm-tê est fondée par le bonze viêtnamien Liü-quan, mort en 1742, une des plus belles figures religieuse du Dai Viêt. Sa doctrine est la seule qui ait encore cours dans le centre. Malgré le renouveau et la protection des princes, le bouddhisme est en fait très affaibli, comme le taoïsme. Le confucianisme de son côté, en tombant en décadence, cherche dans le Bouddha un refuge et une consolation. Beaucoup de lettrés entrent dans les ordres, et l'on voit apparaître de part et d'autre des théories sur la commune origine et le commun corps des Trois Doctrines. On peut dire que c'est au XVIIe - XVIIIe siècles que s'est formé le syncrétisme particulier qui constitue la religion populaire actuelle. Celle-ci, avec un éclectisme extrême dicté par les conditions du milieu et de la psychologie, intègre les trois doctrines en empruntant à chacune d'elles un certain nombre de croyances et de rites dont l'importance relative varie selon les couches sociales.

Les débuts du christianisme vietnamien
Sous les Lê, on assiste aux débuts de l'évangélisation catholique et au développement des relations commerciales entre ce pays et l'Occident. L'évangélisation est l' œuvre de prêtres espagnols, portugais, italiens, français et même japonais et chinois. En 1550, Gaspard de Santa-Cruz débarque dans la province de Hà-tiên qui est alors territoire khmer. Les Dominicains jouent le principal rôle dans les débuts de l'action évangélisatrice. En 1585, Georges de La Motte et Louis Fonseca, dominicains, évangélisent la Basse Cochinchine. En 1596, Diego Advarte prêche sur le territoire de Nuguyen. Dans la première moitié du XVIIe siècle, les Jésuites implantent le christianisme au Vietnam. Au début de 1615, les pères jésuites Francesco Busomi et Diego Carvalho, et les frères coadjuteurs A. Diaz, Joseph et Paul, ces deux derniers Japonais, arrivent à Tourane. Francesco Busomi fonde la première mission à Faifo. En 1625, le père Giulano Baldinotti se rend au Tonkin pour étudier l'installation d'une mission du Tonkin. Il est le personnage le plus marquant de cette époque. Né à Avignon en 1591, il entre à la Compagnie de Jésus à dix-neuf ans et part pour l'Extrême-Orient en 1619: il arrive à Macao en 1623, pour se rendre au Japon, mais finalement est envoyé dans la principauté des Nguyen. Il est accompagné d'un père portugais, Gabriel de Matos, et de cinq Jésuites dont un Japonais. Il apprend rapidement le Vietnamien et peut prêcher dans cette langue au bout de six mois. Ses supérieurs lui confient alors la mission du Tonkin où il reste de 1626 à 1630. Il en est chassé. En 1640, il remplace, en Cochinchine, le Père Busomi qui vient de mourir. Mais, en 1645, il doit en partir, non sans y laisser un noyau de catéchistes qui continuent l'œuvre d'évangélisation. L'activité des missionnaires au Vietnam est, selon les circonstances, appuyée ou contrecarrée par les commerçants et les troupes mercenaires des divers pays européens venus y chercher fortune. Les Portugais et les Hollandais dominent le commerce au début des Lê, les premiers ayant pris parti pour le Nguyen, les seconds pour le Trinh. Les deux grands centres commerciaux se trouvent à Hoi-an (Faifo) et à Pho-hien (région de Hung-yên au Tonkin).En 1664, Colbert crée la Compagnie des Indes orientales. On peut dire que jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, le commerce français n'a guère d'autres représentants au Dai Viêt que les missionnaires. La proscription, appliquée d'abord avec indulgence, se fait plus rigoureuse avec les progrès croissants du christianisme. En 1662, Trinh Tac publie les Instructions pour la réforme des mœurs qui rappellent tous les habitants aux disciplines traditionnelles : Un sujet doit tout son dévouement et toutes ses forces à l'Etat et à son souverain". Tous les livres sur le taoïsme, le bouddhisme et la "fausse doctrine" (le christianisme) sont interdits. En 1665, les Nguyen ordonnent la mise à mort des chrétiens de Faifo. En 1696, Trinh Can dit: "La religion catholique est contraire aux principes naturels, blesse la raison et trouble l'esprit des gens..." Les Nguyen dans le sud interdisent la prédication, font brûler les livres catholiques et chassent les missionnaires. L'activité des missions n'en continue pas moins, tantôt ouvertement dans les période de tolérance, tantôt dans la clandestinité. Avec l'arrivée des premiers vicaires apostoliques s'ouvre une phase de conflits avec le Portugal. Celui-ci ne reconnaît pas l'initiative de Rome et entend continuer l'exercice de ses privilèges dans toute l'Asie, d'autant plus qu'il soupçonne les intentions des évêques français, considérés comme des fourriers de la compagnie des Indes orientales. La lutte se termine en 1689 par l'affirmation de l'autorité des vicaires apostoliques. Les Jésuites peuvent rentrer au Dai- Viêt.

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